Rachel Kolly d'Alba

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- 18. NOV 2013, « Femina», Mr. Jacques Poget (Text)


Virtuose Multi-cordes

La violoniste romande mène une carrière internationale tout en élevant sa fille (et Mercury, le lapin de celle-ci).
Et elle offre sa musique à l’ONG Handicap International.

Le violon est un Stradivarius. elle rit quand on lui demande s’il est à elle, et d’ailleurs elle affirme que c’est le violoniste qui appartient, pour un temps, à «son» violon.
Rachel Kolly d’Alba pourrait ne parler que de musique, mais, sourire spontané, regard amical, elle répond sans réticence à toutes les questions.

D’Alba, le nom de la mère, comme on l’a lu quelque part?
Mais non! De l’ex-mari, psychiatre, qui vit à deux portes de là. Et Rachel vient de s’installer dans un immeu- ble 1900 de Montreux pour que leur fille Amarena, 7 ans, et son lapin Mercury passent facilement de l’un à l’autre de ces parents qui ont choisi la garde partagée et tiennent un agenda coordonné. «Un divorce relativement heureux» – qui l’a forcée à apprivoiser la solitude.

L’autre nom sur la porte?
John Axelrod, son compagnon, souvent absent parce qu’«un chef d’orchestre vit dans ses valises».

Son type d’homme? Voyez l’encadré (page ci-contre). Elle ajoute qu’elle est fidèle, ne croit pas au coup de foudre, recherche le long terme. Elle a choisi pour animal de compagnie un champion de longévité, le perroquet gris du Gabon.

Soliste d’abord, mère ensuite, accessoire ment femme amoureuse?
Faux, même s’«il est compliqué de concilier ces trois aspects». Rachel réserve deux semaines par mois à la maison avec Amarena. Et la relation avec John se construit dans la du- rée. «Si notre couple tient, tous peuvent tenir, rigole-t-elle: lui juif américain, et moi fille d’un Fribourgeois catholique (André Kolly, du Centre catholique de radio et de télévision, ndlr)». Sa spiritualité à elle? Non religieuse: chercher la transcendance en allant vers le beau, et donner le meilleur de soi.

Son style généralement décrit comme «volcanique» et son look, «glamour»?
Au lieu de répondre «posez-moi les mêmes questions qu’à un homme», elle dit sup- poser que ses cheveux roux et l’intensité de sa concentration lorsqu’elle joue («tota- lement dans ma bulle») encouragent ces clichés. Car elle refuse pour ses disques les photos aguicheuses calquées sur la pop music. «Du chiffre pendant quatre mois? Je pense aux trente prochaines années et veux pouvoir jouer avec des cheveux blancs.»

Le concert offert a Handicap International? Parce que la souffrance
de proches handicapés l’a marquée dès l’enfance. La violoniste ne veut pas seule- ment aider les âmes, mais, comme ses sœurs médecins, contribuer à guérir les corps. Elle a proposé son aide à l’ONG, qui l’a envoyée au Cambodge. Vibrante, elle montre la vidéo: femmes, enfants, souffrance, courage, joie de vivre. Prothèses et magie musicale (sur YouTube: tapez Rachel Kolly Handicap).

Sa musique, enfin, un répertoire qui commence en 1850: par insensibilité pour tout ce qui précède? Et un effort commercial pour désormais jouer à travers le monde le grand répertoire avec des orchestres célèbres?
Encore faux, mais elle ne se fâche pas. «Il y a une grande différence entre la musique que j’aime, la musique que j’aime jouer, la musique que je pense bien jouer, dit-elle posément. J’ai un plaisir énorme à jouer Bach, mais ma manière – son, vibrato, changements de couleur – ne correspond pas au goût actuel... Vivaldi, Bach, dans vingt ans peut-être!» L’artiste se connaît bien, sait son style particulière- ment adapté à «ses» compositeurs. Ysaÿe, et peaufiné, jusqu’au livret, écrit par elle. Après Passion Ysaÿe, French Impressions et American Serenade, qui assoient sa ré- putation «post-1850», et un album Franck/ Chausson prévu pour 2014, elle songe à élargir l’éventail avec un Brahms pour 2015. Car, si aujourd’hui, sur le Stradivarius prêté pour vingt ans par un collection- neur sonnent enfin Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaïkovski, ce sont de vieilles connaissances qu’elle joue en solitaire depuis des années.

Volontarisme, discipline, travail acharné?
Oui, pour atteindre son idéal esthétique: «J’ai une vision claire de la façon dont ça devrait sonner.» Elle ne s’appesantit pas, souligne plutôt l’ouverture d’esprit de ses parents. A treize ans, elle veut lâcher l’école. Ils consultent de grands musiciens
Si notre couple tient, tous peuvent tenir. Lui, juif américain, et moi fille d’un Fribourgeois catholique.
dont elle a lu les biographies, rencontré la famille, étudié les manuscrits. Chausson, dont elle jouera à Lausanne le chef- d’œuvre (Concert pour violon, piano et quatuor), Debussy, Ravel, Saint-Saëns. Elle a convaincu par son interprétation très personnelle dans ce répertoire de niche qu’elle s’est choisie. Entreprenante et perfectionniste: si elle a pu signer chez Warner («entrer dans l’industrie musi- cale»), c’est en présentant un CD mastérisé qui convaincront la gamine de poursuivre ses études! Mais tous confirment: «plus tard» égale «trop tard». Elle qui joue de- puis l’âge de 5 ans, soliste à 12 ans, quittera l’école à 14. Et le violon lui laissera quand même le temps de lire, dévorant Sartre, tout Balzac, d’apprendre les langues, de s’intéresser à la peinture, à l’architecture. Elle continue. Et elle écrit. Car ce qui la passionne vraiment, c’est de toujours repousser ses limites.





Rachel Kolly d&#39;Alba 17 11 2013

VOTRE TYPE D’HOMME
«Je n’en ai pas. L’homme que j’aime! Mon ex-mari et mon compagnon n’ont rien en commun, ni l’âge, ni le physi- que, ni la culture.»
VOTRE GESTE BEAUTÉ
«Le maquillage. Magique et créatif, comme un déguise- ment. Chaque jour, depuis mes 10 ans (en cachette de ma mère, à l’école)!»
VOTRE PÉCHÉ MIGNON
«La bonne chère et le bon vin. Rouge de préférence, un Amarone par exemple. J’aime cuisiner et en voyageant je fais beaucoup de découvertes.»
VOTRE DERNIER COUP DE FIL
«A mon compagnon, chef d’orchestre, qui s’envolait pour Kyoto. Nous nous sommes rencontrés autour de la musique de Leonard Bernstein, dont il a été l’élève.»


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