Rachel Kolly d'Alba

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- 11. DEC 2011, « 24 heures », Text: Matthieu Chenal


RACHEL KOLLY D’ALBA,


«J’ai un répertoire et une place à défendre»

Matthieu Chenal

- La violoniste vaudoise Rachel Kolly d’Alba livre un deuxième album ardent chez Warner, entre romantisme et impressionnisme

Loin des jolis minois aux sourires évanescents qui s’étalent habituellement sur les pochettes de disques, la violoniste Rachel Kolly d’Alba a choisi, pour son deuxième album paru chez Warner, une mise en scène sombre et très minérale (les thermes de Vals): elle fixe intensément le spectateur de son regard charbonneux et un brin provocant, l’air de dire: «Ecoute-moi, je t’emmène, c’est à prendre ou à laisser!»

On se laissera prendre par cette aventure rhapsodique qui s’ouvre avec la flamme et le panache du 3e Concerto de Saint-Saëns, s’évade dans l’amour vibrant du Poème de Chausson et se dégourdit dans Tzigane de Ravel, sans oublier deux sublimes rêveries enfantines d’Eugène Ysaÿe. Le disque suscitant enthousiasme et curiosité, une entrevue avec la violoniste s’imposait.

Millefeuille temporel

Rencontrer Rachel Kolly d’Alba, c’est un peu entrer dans une épaisseur particulière de temps. Elle a beau connaître le stress habituel de la circulation, le passage obligé à l’école pour y amener sa fille de 5 ans, elle arrive à caser dans son emploi du temps serré la promotion de son dernier disque tout en préparant sa prochaine tournée. La violoniste vaudoise vous offre alors son entière disponibilité, et vous balade dans un millefeuille temporel fascinant: son Stradivarius de 1732, reçu en prêt pour vingt ans, l’éclosion de l’impressionnisme musical en France dans les années 1880, la figure légendaire d’Eugène Ysaÿe (1858-1931), dont elle a défendu les Sonates avec brio dans son premier disque, les virtuoses du passé qui l’inspirent encore(lire ci-contre)…

Rares sont les musiciens à mêmes de rendre palpable comme elle ce temps long des musiciens classiques, qu’elle souhaite aussi inscrire dans celui de sa vie: «J’ai une maturation lente dans mon travail et ma carrière prend très progressivement son essor. Je n’ai pas tout joué à 17 ans, et c’est tant mieux. »

Rachel Kolly d’Alba donne l’impression d’être très sûre d’elle, presque trop, comme pour s’assurer que ses choix à rebours des modes ne sont pas des caprices: «Je ne tiens pas à rajouter un disque d’œuvres déjà mille fois digérées. J’ai un répertoire et une place à défendre. » Elle a la détermination farouche de celle qui ne fera de concessions à personne. PourLes quatre saisons de Vivaldi, on repassera! Elle avoue même ne pas être pressée de jouer le Concerto de Beethoven: «Peut-être dans dix ou quinze ans, et Mozart encore plus tard. Les choses arrivent à l’âge qui convient. J’aime le violon et je veux être encore là quand j’aurai des cheveux blancs. » Pour l’instant, sa rousseur atteste plutôt une énergie incandescente, une plénitude volcanique. Et, avouons-le, il y en a peu, en Suisse, de musiciens classiques de cette trempe. Terrienne, minérale et chaleureuse, comme la corde de sol de son Stradivarius.

Note:French Impressions Rachel Kolly d’Alba, violon. Orch. symphonique de Bienne, dir. Jean-Jacques Kantorow. Distr. Warner

Livre

Partir sur les traces des vieux violons

Le panthéon des violonistes

Edition: Rachel Kolly d’Alba fait partie de ces mélomanes qui craquent pour les craquements des vieux enregistrements. Intarissable sur le son des violonistes du passé, elle peut causer des heures sur les vertus du vibrato de Jascha Heifetz, de Zino Francescati ou de Ginette Neveu. Aussi jubile-t-elle quand on lui présente le livre que Jean-Michel Molkhou vient de faire paraître sur les grands violonistes du XXe siècle nés avant 1947, complété d’un disque MP3 contenant huit heures de musique.

La jeune violoniste a tôt fait d’y repérer ses héros préférés: du légendaire Jacques Thibaut à David Oïstrakh («Tellement souverain!»), d’Arthur Grumiaux («Il me scotche dans Mozart») à Christian Ferras, cet homme «hors du temps, hors des modes, et qui avait un instinct du son phénoménal», jusqu’à ceux qu’elle a pu côtoyer, comme Ivry Gitlis ou Franco Gulli. Parmi cette galaxie de virtuoses, Rachel Kolly s’enflamme pour celui que Jean-Michel Molkhou nomme le «météore», Josef Hassid (1923-1950), dont on n’a qu’un enregistrement de 1940: «Il a un son inexplicable qui va chercher le chagrin, explique la jeune violoniste. Il me fend le cœur à chaque fois. »

Note:Les grands violonistes du XXe siècle, T. 1, Jean-Michel Molkhou, Buchet-Chastel



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