Rachel Kolly d'Alba

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- 01. DEC 2011, « Hebdo », Text: Dominique Rosset


RACHEL KOLLY D’ALBA, VIOLON FLAMME

Rachel Kolly d’Alba - Violon flamme DOMINIQUE ROSSET

La musicienne suisse sort son second disque sous le prestigieux label Warner Classics. Un nom comme une diva de Toscane, et un aplomb sonore impressionnant.

En prélude à la rencontre, il y a quelques visions de Rachel Kolly d’Alba en concert, ou sur la pochette de ses disques, vamp glamour début de siècle mais en couleurs chaudes et vives. Présence théâtralisée que vient souligner encore le jeu du violon, jamais malmené, mais sollicité avec une concentration ardente et infatigable: tragédienne. Sans oublier son répertoire fétiche, au tournant du siècle passé, marqué par Ysaÿe, Chausson, Saint-Saëns et Ravel. Pyrotechnie impressionniste à fleur de peau.

On s’attend donc à voir s’avancer une vestale de feu alors que déboule en fait, à grandes enjambées juvéniles, une femme toute simple et discrète, en veste de cuir et bonne grosse écharpe de laine, fine silhouette accrochée à un sac à main aux dimensions improbables, dotée d’une chevelure en joyeuse bataille à la couleur des feuilles mordorées d’automne.

Passions intérieures. De toute évidence, c’est à l’intérieur que les passions se bousculent, tandis que, en surface, les mots se déroulent sans heurts, précis, sereins, mesurés. Et il apparaît bien vite que l’aplomb de la violoniste est le fruit d’un solide enracinement, de bon sens, d’exigence et de travail. L’édifice était solide quand la passion du violon y a mis le feu, il y a près de vingt-cinq ans.

Depuis toute petite, Rachel Kolly (née d’une famille gruérienne exilée en Pays de Vaud) sait qu’elle veut jouer du violon, rêve réalisé à 5 ans. S’ensuivent des étapes qui, toutes prestigieuses qu’elles soient, demeurent le passage obligé de la mise en route d’une carrière: débuts en soliste, à l’âge de 12 ans, invitations à divers festivals, diplômes à Lausanne puis à Berne, cours d’interprétation et concours marqués par l’obtention de nombreux prix: «J’aime le son des violonistes du début et du milieu du XXe, dit-elle avec une respectueuse jubilation, chacun avait son style, sa personnalité et c’est cela que j’ai toujours cherché.»

Elle cite Ginette Neveu, Christian Ferras, Ivry Gitlis, avec lequel elle a travaillé, et l’impressionnant Igor Ozim qui la poussait à se révéler à elle-même en lui faisant arpenter les répertoires les plus connus et exigeants au pas de charge. Sans répit. Jusqu’à la révélation de l’univers des impressionnistes français, dédales sonores denses, changeants, inventifs et ardents en lequel elle s’est reconnue. Puisque «ni Wagner, ni Mahler ni Bruckner n’ont composé pour violon, ce qui aurait été mon idéal», déplore-t-elle avec un sourire, elle a fixé son objectif, entre tournées et concerts, sur Eugène Ysaÿe dont elle a enregistré les sonates pour violon seul. Avec une détermination tranquille, elle a envoyé la maquette à diverses maisons de disques parmi les plus en vue. Sans fausse modestie ni arrogance, forte de la confiance mêlée de recul et de vigilance que ses parents lui ont inculquée en une «éducation stricte, sans compromis», souligne-t-elle. Elle a été accueillie à bras ouverts par une équipe londonienne convaincue non seulement par son talent mais aussi par l’originalité du répertoire qu’elle entend servir. «Warner, tout comme mes agents de concerts, respectent totalement mes choix. La musique pour violon composée de 1850 à aujourd’hui me suffit! Il y a tellement à faire et, puisque je compte bien continuer à jouer du violon encore longtemps, j’aurai l’occasion de remonter le temps, si l’envie me vient et, surtout, si je sens que j’ai quelque chose à apporter.»

Trouver sa place. Elle vient de décliner l’invitation à donner un récital Bach, à Londres, ne cherche pas à jouer Mozart ou Beethoven... Elle se sent adéquate et «juste bien» dans la planète qu’elle explore désormais et à laquelle les sonorités de son violon et son vibrato très particulier et expressif conviennent. A 30 ans à peine, Rachel Kolly d’Alba a trouvé sa place et la défend avec une parfaite maîtrise. Son enregistrement Ysaÿe a été unanimement salué l’an passé, les French Impressions qui viennent de paraître sont d’une qualité comparable. De nouveaux projets sont déjà en route. Passionnée par l’analyse musicale, la jeune femme sait parfaitement où elle va dans ses interprétations, comme dans sa vie. Sa stature musicale se compose et tient debout, entre travail et évidence, avec un souffle de chance, aussi, qu’elle mentionne avec un bonheur d’enfant: en avril de cette année, elle s’est vu confier un Stradivarius. Pas pour quelques mois, comme c’est souvent le cas, mais pour vingt ans. Un compagnonnage qui n’a sans doute pas fini de faire parler de lui.

«French Impressions». 1 CD Warner Classics. OEuvres avec orchestre de Saint-Saëns, Chausson, Ysaÿe et Ravel.


EN AVRIL, ELLE S’EST FAIT CONFIER UN STRADIVARIUS. PAS POUR QUELQUES MOIS, POUR VINGT ANS.

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