Rachel Kolly d'Alba

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- 26. MAY 2010, "La Liberté", Text: Benjamin Ilschner

"UN MIROIR DE VIRTUOSITE"

Rachel Kolly d’Alba. Dans le sillage de l’album «Passion Ysaÿe», la violoniste suisse va enchaîner les enregistrements consacrés au compositeur belge. ‚óŹ Benjamin Ilschner

Passion Ysaÿe. Le message tient en deux mots. Il traduit une folle envie de partage, témoigne d'un amour ardent. Alors on s'apprête à tendre l'oreille, mais elle seule ne saurait saisir ce message dans toute sa mesure. Gravée sur le disque, la passion vouée aux six Sonates pour violon transparaît également là où on ne l'attend pas forcément: l'éclairage musicologique contenu dans la pochette porte lui aussi la signature de l'interprète. Or dans la vie artistique de Rachel Kolly d'Alba, l'art de parler de musique et d'en jouer forment un couple inséparable.

Avec son album dédié tout entier aux œuvres maîtresses du compositeur belge, la violoniste réalise un vieux rêve. Aboutissement d'un travail de recherche substantiel - recherche du son et de l'instrument idéal, mais aussi d'une interprétation fondée dans le contexte de création -, ce nouveau disque marque d'une pierre blanche sa jeune et brillante carrière. «Il représente aussi un début, une base solide sur laquelle je vais pouvoir bâtir d'autres projets», explique Rachel Kolly d'Alba, confiante et sereine.

Un monde familier
Elle est la première artiste suisse sous contrat chez Warner Classics. Sous le même label, deux enregistrements sont d'ores et déjà en préparation. Le prochain sera consacré à deux œuvres pour violon et orchestre d'Ysaÿe ainsi qu'au Troisième concerto de Saint-Saëns. La musique française est à ses yeux la source «d'une infinité de possibilités de jeu, de couleurs, de lumières, d'air, d'émotions contradictoires». Poulenc, Ravel, Debussy, Frank, Messiaen... leur monde lui est depuis longtemps familier.

En proie aux œuvres d'Eugène Ysaÿe depuis l'âge de douze ans - la Troisième Sonate la captive dès la première écoute - Rachel Kolly d'Alba a dévoré tout ce qui entoure ces opus, des enregistrements aux documents d'archives. D'autres révélations lui viennent directement de la bouche de Jacques Ysaÿe, petit-fils du compositeur. Ainsi apprend-elle que, de Jacques Thibaud à Fritz Kreisler, aucun des dédicataires n'a joué sa Sonate en concert! Si Ysaÿe a dédié chacune d'elles à un virtuose dont il était assez proche pour connaître ses goûts et qualités, toute la série est forgée autour d'une seule et même technique, sa propre technique, «rampante et moins percussive que chez Paganini». «C'est elle qu'il faut apprivoiser avant tout. Ensuite, il s'agit d'aller le plus loin possible dans l'architecture des pièces, de reconstruire les mondes harmoniques», souligne Rachel Kolly d'Alba, inspirée par ce style déjà imressionniste.

Demain, l'Amérique
Des caractères tour à tour différents se dégagent de la musique. Tension continue. Vent de folie. Puissance envahissant la scène. Pastiche. Etonnement. Excès. Chaque page est sous-tendue par la virtuosité, qu'il faut rendre sans défauts dans le miroir de l'interprétation. Et c'est l'un des plus fabuleux de toute la littérature violonistique à ce jour.

Les défis de demain, ce seront les concerts allant de pair avec la commercialisation mondiale du disque, qui vient de paraître en France et en Angleterre. Puis Rachel Kolly d'Alba passera à un autre chapitre: la musique américaine. «Je m'y consacrerai avec la même volonté d'aller au fond des choses qu'avec Ysaÿe», promet-elle. Bernstein, Gerschwin et Waxman seront à l'honneur dans un futur disque enregistré avec orchestre. Et pour ne pas manquer d'authenticité, elle aura pour complice un chef d'orchestre ayant appris son art chez Leonard Bernstein lui-même. Quant à la violoniste, elle mettra tout son cœur à l'ouvrage. Son credo pour convaincre: «Toute passion peut être communiquée à tous si elle est sincère.» Pour Ysaÿe, sa sincérité ne laisse pas l'ombre d'un doute.




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