Rachel Kolly d'Alba

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- 27 OCT. 2012, published in « Glamour et profondeur » by B. Ilschner

« Glamour and depth»


Glamour et profondeur

Rachel Kolly d’Alba revisite l’Amérique au violon. Un périple jalonné de rencontres, et même de coups de foudre.
Par: Benjamin ilschner

Une joyeuse cascade sonore nous précipite dans un disque haut en couleur: sur fond de roulement de tambours, les cordes déboulent vers un premier accord étincelant et trépidant. L’effervescence se prolonge au son des cuivres, joueurs et dynamiques. Une poignée de mesures plus tard, les projecteurs se braquent sur le violon solo, véritable vedette de ce Porgy and Bess arrangé et orchestré par Alexander Courage d’après l’opéra de George Gershwin. Pour se plonger dans cette Fantaisie en huit tableaux, Rachel Kolly d’Alba empoigne le langoureux It ain’t necessary so. Le silence passager de l’orchestre crée un effet de rupture, mais le ton donné reste dans l’air. Les pas feutrés redeviennent vite trépidants, et d’autres thèmes s’enchaînent, candides comme I got Plenty o’nuttin’, tendres comme Summertime. Sinueuse, la ligne mélodique s’étend sous l’archet soliste avec une élégance dansante et élastique. Autour d’elle virevoltent des notes à peine effleurées, discrètes et à la fois indispensables au style jazzy qui définit l’écriture de Gershwin.

A ce coup de foudre pour Bess et Porgy suit un banquet à la table de Platon. Œuvre programmatique méconnue de Leonard Bernstein, cette Serenade after Plato’s Symposium illustre avec malice l’éloge que font les philosophes de l’amour. Là encore, la violoniste se régale à aligner sautillés, doubles-cordes et autres glissandi. Le ton est plus sérieux, mais le glamour est toujours en embuscade. Attentif aux changements d’ambiance, l’Orchestre national des Pays de la Loire puise dans une palette de teintes pâles ou plus profondes. Le luxe du projet, c’est d’avoir placé à la tête de cette phalange un ancien élève de Bernstein, John Axelrod. La partition s’est vue transmise du maître à l’élève, et aujourd’hui, le binôme d’Alba-Axelrod lui redonne vie avec goût et sensibilité. Leur entente est non moins évidente dans la Carmen Fantasie de Franz Waxman, qui conclut avec fougue un beau périple américain. I

> Rachel Kolly d’Alba,American Serenade: Gershwin, Bernstein, Waxman, Warner Classics.


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