Rachel Kolly d'Alba

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Antonin Scherrer: Rachel Kolly d'Alba: La force du caractère!

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L'exubérante violoniste vaudoise, distinguée en septembre dernier par la Fondation vaudoise pour la culture, sort chez Indésens un magnifique album aux côtés du pianiste Christian Chamorel, baptisé «Lyrical Journey» et dédié aux Sonates de Lekeu et Richard Strauss. Portrait.

Texte: Antonin Scherrer

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J'ai rencontré pour la première fois (stylo en main) Rachel Kolly d'Alba en 2000. À dix-sept années d'intervalle, ce qui me frappe, c'est que l'artiste comme la personne ne semblent pas avoir radicalement changé. Le fait sans doute d'une personnalité qui, jeune femme déjà, était particulièrement marquée. Une conscience étonnante de ses capacités, de ses parts d'ombre et de lumière, de la nécessité aussi d'aller frayer hors de sa zone de confort pour se bâtir une vraie identité artistique. «Je ne me contente jamais de ce que j’ai, ni dans la vie, ni dans la musique», me lançait la jeune violoniste de 19 ans, considérée à ses débuts comme une enfant prodige, formée au Conservatoire de Lausanne et qui se perfectionnait alors auprès d'Igor Ozim à la Musikhochschule de Berne. «Actuellement, j’ai demandé à mon professeur de ne me faire travailler que des pièces sortant des sentiers battus, comme la Sonate de Busoni, le Concerto de Schumann, la Sonate de Lekeu, la 1re Sonate de Saint-Saëns… Peut-être est-ce mon petit côté anticonformiste qui ressort? Je suis simplement d’avis que les Sonates de Brahms sont des œuvres sublimes, mais que l’on n’entend qu’elles. Je dois profiter de la force que je possède encore pour persuader les gens que ces partitions méconnues ont de l’intérêt.»

La révélation Ysaÿe
Ce n'est pas un hasard sans doute si la très belle (et très rare!) Sonate de la comète belge Guillaume Lekeu figure aujourd'hui au menu de son dernier enregistrement, un «Lyrical Journey» aux côtés du pianiste vaudois Christian Chamorel (partenaire de presque toujours) où l'on trouve également la Sonate de jeunesse de Richard Strauss. Dernier opus d'un catalogue déjà bien fourni et qui flaire bon l'originalité – là encore, une certitude de jeunesse qui ne s'est pas oxydée! La révélation a lieu en 2010 lorsqu'elle signe chez Warner Classics et sort un premier album magistral consacré aux Six sonates pour violon seul d'Eugène Ysaÿe: un disque qui annonce le suivant, publié en 2011 et qui révèle au monde sous le titre de «French Impressions» des pages beaucoup plus rares du géant belge, aux côtés de «tubes» comme le «Poème» de Chausson, «Tzigane» de Ravel ou le Troisième concerto de Saint-Saëns. Couronné en 2012 par les International Classical Music Awards dans la catégorie «concerto», il est suivi d'une «American Serenade» (où la connivence avec la baguette de John Axelrod fait merveille dans Gershwin, Bernstein et Waxman) et en 2015 d'un retour à un répertoire plus intimiste avec la Sonate de Franck et le sublime Concert de Chausson, partagé avec Christian Chamorel et le Spektral Quartet de Chicago (Aparté).

Des disques, des concerts… et une notoriété qui affole non seulement la Suisse mais également l'étranger, avec l'Angleterre qui la catalogue «violoniste gothique» et l'Italie qui voit en elle la… «Heidi du violon»! Pas de quoi affoler Rachel Kolly d'Alba, qui profite à plein de voir son rêve d'enfant réalisé et demeure absolument la même (à part peut-être le look et les cheveux… qui ont viré au rouge depuis notre première rencontre!). Elle confie dans le quotidien «24 heures» le 2 décembre 2015: «Un jour, le violoniste Ivry Gitlis m'a dit: 'Ton boulot, c'est de faire ressortir ce qui va faire que c'est toi. Et ça va te prendre toute ta vie.' Aujourd'hui, c'est le seul travail qui m'intéresse.» Elle bénéficie pour ce faire depuis 2011 d'un magnifique instrument: un Stradivarius de 1732 mis généreusement à sa disposition pour 20 ans par un mécène français.

Ambassadrice de bonne volonté
La violoniste vaudoise sait aussi donner de sa personne hors du cadre musical: elle est depuis 2012 ambassadrice de l'organisation Handicap International. Après une première mission au Cambodge en 2013, elle est devenue citoyenne d'honneur de la ville d'Asunción au Paraguay en reconnaissance du travail qu'elle y a mené auprès des enfants des rues. C'est sans doute l'artiste complète que vient également d'honorer son canton, en lui remettant en septembre le Prix culturel Musique 2017 de la Fondation vaudoise pour la culture. Les très belles lignes de la laudatio en guise de point final: «Dès les premières secondes la magie opère. Les notes qui sortent du violon de Rachel Kolly d’Alba sont à la fois intenses en émotion et d’une harmonie qui nous transporte. Le monde devient musique. Sous ses doigts, l’instrument et l’archet vibrent et parlent à notre âme. Très peu d’artistes sont capables de nous élever à saisir cette grâce. Rachel Kolly d’Alba, par la personnalité et le talent qu’elle met dans sa manière de jouer, nous y conduit. Elle incarne la virtuosité, la joie et la profondeur des sentiments. Nous ne pourrons jamais assez lui témoigner notre reconnaissance de magnifier ainsi les compositeurs qui, grâce à elle, restent éternels. Merci Madame!»

Rachel Kolly d'Alba sur Radio Swiss Classic
Concerts de Rachel Kolly d'Alba en Suisse
Site web de Rachel Kolly d'Alba
Texte : RSC/DB, 26.10.2017

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